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Les choses mortes

Il y a un peu plus de deux ans de ça, j’ai pris cette photo-là, d’une maison abandonnée pas loin de chez moi, près du village. Je n’ai pas vraiment de souvenir d’une époque de ma vie où cette maison a été habitée, seulement ma mère me racontant que c’était une très belle maison avec des vitraux magnifiques et un superbe jardin et que c’est vraiment dommage qu’on l’aie laissée là à l’abandon.

D’après ce que j’ai compris elle a été habitée jusqu’aux années 80 et ensuite a été quittée. Le jardin, ses palmiers et ses rosiers, se sont transformés en une véritable jungle où il est difficile de faire deux pas. Le bâtiment lui-même transpire le manoir hanté par tous les pores de sa façade, même si personne n’y est jamais mort.
Concrètement d’aussi loin que je me souvienne à l’école primaire pour nous tous c’était déjà « la maison hantée » — pas parce qu’elle l’était, mais parce que rien qu’en jetant un regard on se sentait mal à l’aise face à ce qu’on peut entre-voir de l’intérieur de l’ex « Maison Rose ». Des meubles renversés, des fenêtres cassées, le papier-peint brûlé, des journaux qui recouvrent le sol sur au moins vingt centimètres, et j’en passe…

Ça fait pas mal d’années que j’ai cette curiosité pour cette maison à chaque fois que je passe devant. Bien sûr il est strictement interdit d’y entrer et tout est soit cadenassé soit bloqué naturellement par des branches qui ont poussé depuis. Cela dit, ça n’a jamais empêché des ado d’y rentrer et il est très facile d’escalader la grille pour y aller.
Alors, curieux, j’ai pris mon appareil, et j’ai escaladé.




































Certaines photos sont assez floues, j’ai eu énormément de problèmes de luminosité à l’intérieur, forcément. Dans l’ensemble tout était très impressionnant ; la maison compte trois étages avec une dizaine de pièces par étages, tout est laissé à l’abandon, renversé, jeté.
Il y a vraiment un amas irréel de journaux, magazines et livres, éparpillés partout dans le premier étage. Ça mélange un peu toutes les époques, c’est un peu troublant de se demander comment autant de journaux ont pu arriver là. Même chose au premier, des vêtements strictement partout dans les chambres, éparpillés dans d’énormes tas.

Beaucoup d’endroits sont obstrués, l’escalier qui mène aux étages par exemple est étouffée de meubles et d’objets en tous genres, j’ai dû en retirer et escalader le monticule pour aller au-dessus. Accessoirement tout a failli s’écrouler quand j’ai voulu redescendre pour sortir.
La cave est au bout d’un petit couloir complètement sans lumière dans lequel j’étais littéralement mort de peur, avançant à coups de flash comme dans les films. Résultat : l’escalier qui descend à la cave est lui aussi bouché par des meubles. Ce qui m’arrangeait étant donné que pour rien au monde je ne serais descendu dans la cave de cette maison.
De même que je n’ai pas osé monter l’échelle du grenier qui me tendait les bras, par crainte que le plafond ne soit plus en bon état et aussi parce que merde, l’échelle était en équilibre sur une table elle-même calée par des vieux livres, et bon, je tiens à ma vie.

Comme dans tout lieu abandonné, la Maison Rose a évidement son lot de tags, de bouteilles cassées, et j’en passe, mais tout se concentre essentiellement dans le vaste salon du premier, j’ai l’impression que personne n’a jamais vraiment été dans les autres étages. Je suppose que pour l’amour du risque tous y ont été la nuit, dans ces conditions moi non plus je ne serais pas monté plus haut.

Le jardin est à l’image de la maison : en plan depuis trente ans, complètement bouché de tous les côtés. On peut difficilement s’y frayer un chemin et ce qu’il reste du portique de jardin est somme toute assez maigre. Et, et voilà.

Cela fait pas mal de temps que la mairie parle de tout rénover, mais le travail est tellement monstrueux que ces derniers temps ce qu’on entend plutôt c’est que tout sera rasé. Alors, quitte à ce que ça soit fait, j’ai préféré m’aventurer à l’intérieur au moins une fois dans ma vie avant que tout ce chaos « mort dans le temps » disparaisse pour de bon.

Publié le : 04/25/09
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