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Les Choses Mortes V - Terre d’asile

S’il y a quelque chose d’à la fois fascinant et frustrant dans les lieux abandonnés c’est leur tendance à progressivement s’anonymiser au fil du temps. Il y a de ceux qui même après des millénaires restent évidents — une église même terrassée restera facile à reconnaître — et puis il y a des lieux comme celui-ci. Des lieux qui par leur architecture neutre, leur absence de mots ou leurs armées de salles vides, ne semblent ne plus correspondre qu’à un vague concept de « bâtiment » dénué de but précis.

Quand on m’a en premier parlé de cet endroit on me l’a d’abord décrit comme un hôpital, mais le manque de pièces un tant soit peu spacieuses (pour des opérations par exemple) m’a fait oublier cette hypothèse. Pendant ce temps sur internet beaucoup en parlent aussi comme une maison de retraite. Enfin reste l’explication donné par un collègue au travail, et que me paraît la plus vraisemblable compte tenu de la configuration de la chose.
Six bâtiments de cinq étages pour un ensemble d’environ 300/400 studios. Le tout serait le vestige d’un vaste projet de logement d’ouvriers lancé lors de l’explosion démographique de Saint-Cézaire, et qui pour de vastes raisons s’est peu à peu déserté jusqu’à être fermé.

C’est un peu pour cet aspect archéologique que j’adore l’exploration urbaine – déceler dans les maigres restes d’un lieu, l’enchaînement d’évènements qui a mené au moment précis de son décès.

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In the Mouth of Madness
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Red Riding Hood
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Cosmos
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Kanagawa
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Je réalise progressivement que d’une approche relativement globale de la photo je me suis petit à petit dirigé puis ancré dans ma série des Choses Mortes pour en faire la pierre de voute de ma démarche. J’y ai certes pris goût à mesure que je me suis débarrassé de mon appréhension de tels lieux, en rôdant ma méthode – au niveau du matériel d’abord mais surtout dans ma manière de découvrir et vérifier la sureté des lieux. Mais plus que ça je suis tombé amoureux des vestiges de la modernité qu’on laisse çà et là et très honnêtement même si j’aime encore me frotter au portrait ou au paysage, je ne respire pas autant que lorsque mes photos sont teintées de prise de risque et d’exploration, de ma volonté de prendre ce qu’absolument tout le monde a délaissé et de le réinterpréter par ma petite vérité, qui si elle ne va pas bien loin a le mérite de me satisfaire avant tout.

J’ai pris plus d’assurance à mesure de mes séries, dans ma manière de me placer vis à vis de ceux qui regarderont les images. Longtemps j’ai été effrayé de me montrer en image, préférant rester dans le confort du viseur. Puis Les Choses Mortes m’ont apporté des lieux dans lesquels par volonté de contraste je me devais de placer des sujets, dans lesquels toutes les nuances du déclin ne brilleraient jamais autant qu’en enlaçant une quelque silhouette humaine perdue dans les lieux.
Depuis je fais plus de portraits, mieux je joue avec les lieux, les mets en scène. Et même si j’ai sans doute perdu en qualité en montant en quantité, j’ai le mérite de ne plus être effrayé de voir mon reflet dans l’objectif.

Publié le : 04/04/11
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