Autopergamene

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Une certaine idée de la funk

Hier soir nous sommes allés à la maison de ma grand-mère, celle du côté de mon père, qui habite quelque part dans la montagne où j’avais été cet été faire des photos avec ma cousine. Le chemin n’est praticable qu’à pied, et nous sommes ainsi partis dans la pleine pénombre alors que sur nos têtes baissées le ciel hachuré d’averses pleurait d’humides lances.
Comme beaucoup de maisons construites à cette époque c’est un endroit qui s’est laisser dépasser par la vie moderne, et au fond rien n’a vraiment changé depuis la dernière fois que j’y étais allé quand j’étais gosse. Les mêmes plats dans les mêmes assiettes, le même jus de raisin dans les mêmes verres, les mêmes meubles, le même énorme plancher brossé de brun. Tout est comme figé dans le temps et à part la télé en toile de fond diffusant Attention à la marche, rien n’a changé depuis cette photo de moi à six ans qui veille au mur.












Ma grand-mère depuis quelques années a vu sa mémoire s’estomper du fait d’alzheimer. Son mari tout comme ses deux fils reviennent la voir régulièrement pour s’occuper d’elle, mais elle n’a à ce stade plus de notion du temps qui passe, de quand elle doit manger – de qui sont les personnes assises autour d’elle à table, l’âge qu’ils ont, leurs noms.
On a partagé quelques plats habituels de noël – du gratin, un rôti de chevreuil, du fois gras. C’était vraiment agréable de revoir tout le monde, à vivre loin dans les teintes azures de Nice j’en oublie ces temps d’enfance passés là à jouer dans la grange de ma grand-mère ou à dévaler les plaines voilées de neige sur ma petite luge rouge. J’ai vraiment du mal à décrire mon enfance parce que j’ai toujours l’impression qu’il y a tant de détails à citer que si j’en oublie un le reste paraîtra hors contexte, alors je préfère m’arrêter là plutôt que de développer.

Quand je suis arrivé en haut ma batterie d’appareil était morte, j’ai grappillé quelques images de ci de là quand, après un certain temps éteint, mon Canon me laissait prendre une ou deux photos. J’ai eu énormément de mal à capturer quelque chose sous le faible éclairage du seul plafonnier, mais avec du recul je pense que ce sont ce flou et grain qui retranscrivent le mieux mon état d’esprit ce soir-là. Ça n’avait plus d’importance qui j’étais des kilomètres plus bas, ici dans cet endroit précis avec ces personnes précises j’avais simplement l’impression d’être un gosse à nouveau, perdu dans la brume de ma propre mémoire. Qu’importe le nombre de fois dans la soirée où fut répété « C’est Maxime, il a vingt ans maintenant, tu te souviens de lui ? ».

Publié le : 12/25/09
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